Le Petit Entrepreneur #3 - Burn the Burnout!

par Julien

Photo par Sebastian Soerensen - Pexels

Le burn-out est considérée comme la pathologie du XXIè siècle. Le terme est apparu il n’y a que peu de temps et s’est répandue comme une traînée de poudre dans tous les métiers.

Selon la loi, le burn-out est une pathologie psychique, conséquence d’un surmenage professionnel poussant les collaborateurs à sacrifier leur santé. Ce n’est pas reconnu comme une maladie professionnelle mais peut être reconnu comme telle sur évaluation.

Dans le dernier “Petit Entrepreneur”, nous avons évoqué qu’être entrepreneur revenait à une liste interminable de choses à faire. Littéralement interminable puisque terminer une tâche en crée automatiquement deux autres. Comme une hydre. C’est comme ça. Et cela amène forcément à se poser la question : comment allier cette masse inépuisable de travail en évitant le burn-out ?

Parler du burn-out est sincèrement compliqué. Et à mes yeux, c’est tellement plus qu’un épuisement professionnel. Je trouve que cette qualification minimise le burn-out et de fait, minimise ses causes et conséquences.

La manifestation d’un burn-out sera différente pour chaque personne. Il existe toutefois des causes, des symptômes et des conséquences que l’on retrouve dans la majorité des cas. Nous allons surtout évoquer le cas particulier du burn-out de l’entrepreneur, mais j’espère que vous trouverez également des réponses, qui que vous soyez et quelque soit votre activité.

Si vous vous reconnaissez dans un des éléments cités ci-dessous, écoutez-moi bien : ça ne passera pas tout seul.

Ce n’est pas un état temporaire comme un coup de fatigue suite à une mauvaise nuit. Et “se mettre un coup de pied au cul” n’est pas un remède.

Plus facile à dire qu’à faire, je sais, mais parlez-en à un proche ou à un professionnel. Votre santé passe avant votre travail.

Les causes

Étonnamment, les causes d’un burn-out peuvent aussi bien provenir de votre vie personnelle que professionnelle. Pour des raisons légales, notre système a tendance à bien discerner les deux types de vie, mais il est inutile de nier leur influence l’une sur l’autre.

Le plus commun, c’est d’avoir trop de choses à faire, et de devoir aligner un trop grand nombre d’heures de travail, jusqu’à en être épuisé physiquement et mentalement. C’est la cause reconnue par tout le monde, quand vous faites plus de 9/10h par jour, pendant une semaine, on finit sur les rotules, c’est normal.

Mais il n’est pas obligatoire d’aligner un grand nombre d’heures. Il est également possible de faire un burn-out quand on est bloqué trop longtemps dans une même situation. L’incapacité à résoudre un problème ne vient pas forcément de nous, mais la résultante est qu’on se retrouve coincé au même endroit inconfortable, et c’est pas agréable.

De même, un des paramètres connus du burn-out est l’échec. Nous disposons tous d’une tolérance toute relative à l’échec. Pour peu que vous soyez dans une phase d’infortune et que les échecs s’accumulent, la frontière entre un simple coup de mou et un burn-out s’affine très vite.

Les chocs émotionnels sont aussi une cause de burn-out, moins reconnus car souvent personnels. Un changement brutal de situation, la perte d’un proche, une séparation, tout évènement émotionnellement exigeant rentre forcément en compte dans le cas d’un burn-out.

A noter qu’il peut s’agir enfin d’un conflit éthique ou moral qui vous tiraille. Un dilemme important dont vous n’arrivez pas à démêler les différentes problématiques et composantes, pour pouvoir le résoudre objectivement.

Trouver ses propres limites n’est pas une chose facile. Comment savoir si on va trop loin sans aller effectivement trop loin ? Bonne question. Et c’est d’autant plus difficile dans ces moments là.

Après les causes, voici quelques symptômes communs provoqué par le burn-out.

Les symptômes

Dans toutes les causes citées ci-dessus, on retrouve un feeling du “J’ai l’impression de ne pas avancer” / “Je suis coincé”, peu importe l’investissement que vous y mettez. Et comme on l’a vu, cela peut arriver dans votre vie pro/perso/les deux en même temps.

De ce sentiment va en découler insidieusement un autre, bien pire : la frustration. Cette dernière peut prendre bien des formes tout aussi merdiques les unes que les autres. Boule au ventre, anxiété, angoisse, colère, tristesse, honte, culpabilité etc…

Il est également fort probable que vous vous sentiez exténué, car bien souvent, ces sentiments négatifs ne permettent pas de se reposer ou de trouver une quelconque forme de sérénité.

Ce mélange explosif joue sur votre humeur, vous rendant irritable, maladroit, désagréable pour votre entourage, et vous enferme dans votre situation. Une pincée de sel et voilà votre cercle vicieux amorcé.

Facteurs aggravants

Toute pathologie associée de près ou de loin à la dépression a son lot de facteurs aggravants, et ceux dont on va parler sont malheureusement communs.

Fatigue mentale et physique

Le manque de sommeil est une conséquence logique d’un burn-out. Dans la majorité des cas, les victimes dorment déjà littéralement moins, faute à des journées à rallonge, mais le sommeil est aussi moins bon, moins réparateur.
Du coup, on rentre dans le cercle vicieux du :

  1. Je fais beaucoup et longtemps
  2. Du coup je dors moins
  3. Du coup je suis fatigué
  4. Du coup je suis moins productif
  5. Retour à la case départ.

 

Détérioration de l’hygiène de vie

Déjà qu’en temps normal, c’est pas fou, mais alors quand on a vraiment pas le temps, c’est un vrai fardeau. On le sait tous, l’hygiène de vie prend un peu de temps. Pas forcément beaucoup, mais cuisiner, bouger, sortir, tout ça demande de l’organisation et des efforts additionnels. Un peu trop compte tenu de la situation. Donc on a tendance à être pragmatique, à manger vite fait, quitte à commander une pizza par jour.

Mais si votre corps subit déjà une demande d’énergie conséquente, vous allez lui en demander encore plus en modifiant votre métabolisme. Ce qui est rarement une bonne idée quand on est déjà fatigué.

Enrayer la machine

Bon, ok, c’est bien d’identifier un problème, mais nous, on aime les résoudre :)

Même si ce n’est pas évident, il existe des moyens progressifs de désamorcer le cercle vicieux et de revenir petit à petit à une situation - on va dire - normale.

Stop les heures supp’.

Première étape obligatoire pour que l’on puisse mettre en place la suite. Vous devez revenir à un temps de travail normal. Peu importe ce qui l’était initialement. Le tout est de rééquilibrer la répartition de vos activités.

Cela est vrai dans le cadre d’un burn-out professionnel. Comme on l’a dit, la situation est envisageable pour des personnes n’ayant pas eu spécialement de changement d’emploi du temps. Même si bien souvent, le tout englobe un dérèglement du planning “normal”.

En tant qu’entrepreneur, n’oubliez pas que vous êtes le maître à bord. Vos clients ont peut-être des deadlines ou des urgences, mais personne n’est inhumain au point de vous demander de sacrifier votre santé. Radicalisez vos priorités, et repoussez tout ce qui peut l’être à “plus tard” de manière indéterminée.

Vous allez avoir besoin de temps pour remettre toute la machine en ordre, et inutile de vous stresser davantage avec de nouvelles deadlines intenables.

Du temps pour vous

Maintenant qu’on a retrouvé du temps libre, vous allez prendre soin de vous. Parce qu’aucune guérison ne peut s’effectuer dans un environnement toxique.

Cela commence déjà par faire ce que vous aviez peut-être arrêté de faire, faute de temps. Rien de tel que faire ce que l’on aime pour se sentir bien dans ses pompes.

Ensuite, il va s’agir de se ressourcer. C’est encore une fois très subjectif, mais faire du sport/yoga, manger et dormir correctement sont trois habitudes qui marchent bien, scientifiquement parlant :)
On ne parle pas ici de changer complètement. Pas tout de suite, mais je vous conseille vivement de réfléchir à une routine alimentaire/sportive, qui vous aidera à évacuer votre journée/semaine, en fonction de vos goûts et envies.

Enfin, parlez. Avec vos proches, un professionnel de la santé, à qui vous voulez en fait, tant que cela vous fait du bien. On a bien trop souvent tendance à intérioriser les sentiments négatifs, parce qu’on se dit “J’vais pas l’emmerder avec ça”. Résultat, la situation empire et vous inquiétez tout le monde. Donc stop, et allez parler. C’est pas évident je sais, mais ça paie. Promis.

Des vacances ?

On conseille souvent, pour se ressourcer, de changer complètement d’air. Si c’est quelque chose qui marche pour vous, pourquoi pas. Attention toutefois à poursuivre le processus, car ce n’est pas en ignorant le problème deux semaines que cela le résoudra. La poussière sous le tapis, elle ne partira pas toute seule :)

Mon caractère me pousse plus à essayer de prendre le taureau par les cornes, et à appréhender la situation, car je n’arrive tout simplement pas à ignorer un problème. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise solution, faites ce qui est le plus en accord avec votre caractère et votre instinct.

Identifiez le moment où ça a chier

Une fois que vous commencez à retrouver un rythme humain, il est extrêmement important d’analyser ce qu’il s’est passé. Dès que possible.
On connaît la situation d’entrepreneur, les choses vont vite et même si le temps que vous vous êtes accordé est nécessaire, il ne peut durer ad vitam eternam. L’objectif étant d’éviter de retomber dans la même détresse, vous devez comprendre ce qui est arrivé.

Est-ce dû à un manque d’organisation ? Peut-être avez-vous eu les yeux plus gros que le ventre, en acceptant “trop” de commandes ? Ou bien est-ce une accumulation progressive de retards ? Les raisons sont variées.

Toujours est-il qu’en identifiant le ou les mauvais moments & décisions, vous serez plus à même de les voir venir dans le futur. C’est ce qu’on appelle l’expérience.

Acceptez les erreurs

Peu importe votre âge et votre expérience, des conneries, tout le monde en fait. Il est important d’accepter que la situation pourrie dans laquelle vous êtes est une conséquence de vos erreurs.

On parle ici de la vraie acceptation hein, pas de culpabilité. Vous ne devez pas vous sentir coupable de cet état. Cela fait parti du processus et de l’expérience.

Avec le temps, et en prenant du recul, on apprend énormément de cette phase.

Prévenir le burn-out

Se remettre d’un burn-out prend du temps et laisse des traces. Si on pouvait l’éviter, comme toute maladie ça serait bien non ?

Sauf que le burn-out a la particularité de ne pas vraiment se manifester explicitement. Les victimes se sentent fatiguées, un peu dépressives, sans que cela ne soit trop marqué, et un jour, elles pètent un plomb.

C’est pour ça qu’il est très important d’être attentif à tout signe ou symptôme. Sans pour autant tomber dans la paranoïa hein, c’est pas le but. La prévention d’un burn-out est une chose quotidienne, associant routines, analyses et organisation.

Nous parlerons dans un autre article de la gestion de vie d’entrepreneur et comment arriver à concilier/adapter/faire évoluer tous les aspects de cette dernière.

Limiter votre temps de travail

Contradictoire avec le fait d’être patron hein ? Je sais, mais cela va avoir un double effet kiss-cool. Préparez deux types de plages horaires : le travail normal et les urgences.

Je travaille officiellement de 9h à 12h, puis de 14h à 19h. Ces horaires sont celles sur lesquelles j’organise mes rendez-vous, tâches à produire et deadlines à gérer.

Cependant, j’ai pris l’habitude d’être prêt à 8h, pour prendre de l’avance ou étendre la matinée sur la plage de 8 à 9h. De même, je peux utiliser la plage de 12 à 13h ou 13 à 14h en fonction des urgences. Enfin, la plage de 19 à 20h est également “disponible” pour finaliser ce qui doit être impérativement fini dans la journée.

Dans tous les cas, il m’est interdit de dépasser les 10h. C’est ma “limite” personnelle. A vous de voir quelle est la votre :)

Première conséquence, cela vous permet d’avoir une vie à côté de votre boulot. Vous avez une famille, des amis à voir, des choses à faire, et vous limiter dans votre temps de travail quotidien laisse du temps pour tout cela.

Et deuxièmement, vous encadrez votre temps “commercial”. C’est à dire, le temps officiel d’activité sur lequel vous devez faire votre chiffre et votre marge. Si vous vous êtes lancé, c’est pas pour cravacher 60h pour des miettes, donc l’objectif final est tout de même d’avoir un rapport temps de travail/revenus confortable.

Avoir une bonne hygiène de vie

C’est le moment de sortir le chapeau magique des dictons : “Qui veut voyager loin ménage sa monture”.

Sans vouloir faire mon coach lifestyle, il faut tout de même trouver un équilibre assez rapidement quand vous êtes entrepreneur. Difficile d’envisager de construire quelque chose de pérenne si votre mode de vie est instable ! Donc on prend les trois ingrédients de base : Alimentation / Sport / Repos et on les ajuste en fonction de son humeur.

Il n’y a pas de recette miracle contre le burn-out hélas. Et ce n’est pas simple du tout de se rendre compte que l’on est en plein dedans.

J’ai fait un burn-out à 24 ans, et m’en suis pris un dans la trogne un matin. En me levant, j’étais un peu nauséeux, un peu malade, mais bon, rien de grave. Et puis en me posant devant mon bureau, j’ai tout simplement vomi.

J’étais paralysé, autant par la surprise que par la fatigue, et suis bien resté 30 minutes devant mon écran à me demander ce qu’il m’arrivait.

Avec le recul, cela faisait bien 3 semaines que ça me pendait au nez, mais pris entre les projets et les deadlines, je ne m’en étais simplement pas aperçu. J’étais tellement allé au-delà de mes limites que c’est mon corps qui a ramassé au final. Inconsciemment.

Après cela, je n’ai pas pu travailler pendant 3 jours. Et à vrai dire, je n’ai rien pu faire du tout pendant 3 jours. C’est le temps qu’il m’a fallu pour comprendre et reprendre pied. Par sentiment d’obligation par honte et par culpabilité, j’ai repris le travail au bout de 5 jours, tout doucement. J’ai eu de la chance, ça s’est bien passé et j’étais bien entouré, mais encore une fois, avec le recul, c’était bien trop tôt pour reprendre.
Et pour tout vous dire, j’aurais pu en refaire un l’année passée, sauf que cette fois, les signes ont été interceptés, et toujours en étant bien entouré, la situation a pu être désamorcée en douceur.

Il existe un très grand risque de récidive chez les victimes de burn-out, tout simplement parce que les causes ne changent pas. Ce sont bien souvent des contextes particuliers qui créent ce profond mal être, et ces contextes ne changent pas. Vous êtes toujours entrepreneur, vous avez toujours des projets en cours, et toujours pas assez de temps pour les réaliser.

Le tout est d’arriver à décortiquer le coeur du problème, et à adapter la situation pour qu’elle devienne petit à petit plus gérable au quotidien.

Être entrepreneur, c’est une question d’endurance. Inutile d’abattre une quantité astronomique de boulot si c’est pour abandonner de fatigue derrière. Le burn-out est un réel danger et ne doit absolument pas être sous-estimé. Trouvez le point d’équilibre entre votre capacité de travail et votre besoin de repos, parlez-en à votre entourage et tout ira bien :)

Le prochain coup, nous parlerons donc de cette fameuse endurance d’entrepreneur. Comment tenir sur la longueur, pérenniser sa société, adapter son mode de vie et évoluer en général !

Que ce soit bien clair : vous ne méritez pas cette détresse, vous ne méritez pas d’être stressé en permanence et il n’y a aucune honte à être allé trop loin par ignorance.

Si vous êtes dans cette situation et que vous ne vous sentez pas à l’aise avec votre entourage pour en parler, il existe des associations pour cela : https://asso-franceburnout.fr