Monétiser une application

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Cela vous est peut-être déjà arrivé : vous vous réveillez, avec une super bonne idée. Genre, l’application du siècle, vous vous voyez déjà comme l’incarnation du nouveau Zuckerberg, c’est le rêve américain qui commence.

Seulement voilà, le concept est génial, ça va forcément attirer des utilisateurs, mais vous savez aussi que cela va demander un investissement qu’il va falloir amortir.

Le monde des applications web & mobiles est rude. Les utilisateurs sont habitués à des contenus de qualité, souvent gratuits pour eux. Ils sont exigeants et le font savoir.

Heureusement, il existe plusieurs solutions, cumulables, pour bénéficier d’une application gratuite pour des utilisateurs, tout en vous rémunérant.

Le financement de l’application

Le développement d’une application prend du temps et/ou de l’argent. Peu importe si vous la concevez vous-même ou la déléguez à une agence, cela prendra du temps et vous coûtera cher.

Personnellement, pour le développement d’une application native Android & iOS, je pose une base de 5000€. Peu importe la complexité de l’application.

Il y a tellement de choses à penser dans la conception d’une application qu’on arrive très vite à cette somme quand on établit un devis.

Autant vous dire que si vous avez une idée un tant soit peu complexe, ça grimpe.

Pendant ce temps de conception, voire même avant, vous allez avoir besoin de ressources financières. A moins d’avoir un auto-financement conséquent, voilà quelques moyens d’en obtenir.

Le prêt bancaire

C’est le plus connu, on a besoin d’argent, donc on va voir là où il y en a. Obtenir des prêts bancaires pour monter des projets informatiques devient de plus en plus courant, le monde de la finance ayant enfin compris qu’il y avait pas mal de sous à prendre au passage.

Toutefois, ce n’est pas le mode que je recommanderais, car les contrats ne prennent pas en compte la réalité de l’environnement dans lequel vous évoluez. Les banques se basent sur ce qu’elles connaissent, et évaluent votre projet comme quelque chose de physique.

C’est toujours difficile de leur faire comprendre le niveau d’abstraction auquel vous faites face, l’inconnu va très probablement les effrayer si vous n’avez pas un business plan et des garanties solides.

Pour rajouter une couche, il va y avoir la question du remboursement de votre emprunt qui sera difficile à aborder. C’est un monde incertain et pour une raison ou une autre, votre projet va décoller ou galérer par rapport à ce qui était prévu.

Hélas, les banques ne sont pas très flexibles pour ça.

Les investisseurs & business angels

L’alternative flexible au système bancaire. L’avantage de cette alternative est que vous pouvez discuter tous les termes de l’emprunt. Il est assez avantageux quand on a pas un rond de céder quelques parts de son concept à quelqu’un qui servira uniquement d’apport financier.

Prenez garde à rester majoritaire toutefois, sinon, votre application ne vous appartiendra plus et elle vous échappera à un moment ou un autre.

Les investisseurs privés tendent à se spécialiser dans ce qu’ils financent, ce qui facilite le dialogue autour de la viabilité de votre projet. S’ils ne sont pas intéressés par l’aspect technique, ils auront engagé un expert chargé de s’y intéresser.

Crowdfunding & Pre-order

Enfin, si votre application a une utilité flagrante pour vos utilisateurs finaux, vous pouvez considérer de leur faire financer directement le développement de l’application. En échange de leur participation, vous devrez décider quels contenus ils obtiendront une fois votre travail terminé.

Vous pouvez décider qu’ils bénéficieront de l’application gratuitement tandis qu’elle sera payante pour les autres. Ou de leur offrir un abonnement pendant une certaine durée, ou bien de leur délivrer un contenu spécial.

Il existe un bon nombre de plateformes pour effectuer du crowdfunding aujourd’hui, comme Ulule ou Kickstarter.

Projet sur Ulule
Projet sur Kickstarter

Dans le monde du jeu vidéo, on a souvent recours à plusieurs moyens de financement, tant les grosses productions coûtent cher.
Les projets sont découpés en plusieurs étapes et mis à disposition des joueurs qui ont pré-payés. Cela permet de les rassurer sur l’argent qu’ils ont investi et à la société qui produit le jeu d’obtenir un retour sur les décisions prises.

Assurer une rentabilité

Pouvoir financer l’application est une bonne chose, mais au vu des coûts de développement, il est possible que vous ayez des dettes à rembourser.

Dans tous les cas, avoir un modèle économique durable est un critère important pour la viabilité de votre projet, et que ce soit pour maintenir l’application, ou réaliser des marges confortables, vous en avez besoin.

La publicité

Une des idées reçues d’Internet est que tout est gratuit grâce à la publicité. C’est en partie vrai.

Pendant des années, on a financé des développements et des services entiers grâce à la publicité. Vous obteniez des revenus en fonction du trafic et du nombre de clics sur lesdits blocs.

Mais depuis un moment, c’est une source de revenus de moins en moins fiable. La principale raison vient des bloqueurs de publicités systématiques chez les utilisateurs finaux, réaction logique quand on ne pouvait plus naviguer sans être harcelé par des annonces publicitaires.

Une autre raison étant la demande croissante faite aux serveurs de publicités, réduisant les parts du gâteau à se partager.

Exemple de pop-up intrusive
Encarts publicitaires sur Buzzfeed

Les revenus publicitaires se font en deux catégories : Le nombre d’affichages et le nombre de clics.
Par clic, vous pouvez obtenir de 0.10€ à 10€ selon votre contrat, même si 10€ par clic me semble être improbable.
Par lot de 1000 affichages, les revenus varient de 3 à 10€. Pas vraiment de quoi assurer un business au début.

Le contenu sponsorisé / affiliation

Fournir du contenu sponsorisé est une façon plus spécifique de faire de la publicité. Cela consiste à produire un contenu ou un service spécifique avec une autre entité, qui vous rémunérera selon les conditions de votre partenariat.

L’affiliation rentre sous le même principe : vous faites un lien vers un produit ou un service spécifique et à chaque fois que l’objectif déterminé par votre contrat est rempli, vous recevez une rémunération en conséquence.

Contenu sponsorisé
Contenu avec un lien d'affiliation

Ces deux moyens sont plus viables que les blocs publicitaires, et ont l’avantage d’être plus facilement contrôlables. Vous pouvez négocier les termes d’un contrat, déterminer une rémunération, qui est souvent avantageuse et choisir les contenus concernés.

Il est toutefois recommandé d’être très clair avec vos utilisateurs sur les contenus sponsorisés car c’est un processus plutôt impopulaire, en France particulièrement.

La constitution et la vente de profils marketing

Malgré la RGPD, constituer et vendre des profils d’utilisateurs à des sociétés tierces reste un excellent moyen de financer son activité.

Comme mentionné dans l’article précédent, un profil contenant 4 ou 5 données personnelles peut valoir 1€. Cela semble peu, mais une fois automatisé, avec une inscription gratuite, cela devient une source de revenus très rentable, compte tenu du peu d’investissement que cela demande. A savoir aussi qu’un profil peut être revendu plusieurs fois, à différentes entités.

Tout comme le contenu sponsorisé, il est recommandé de mentionner explicitement que vous faites le commerce des données personnelles. Même si cela est impopulaire et désormais encadré par la RGPD, il vaut mieux éviter de le cacher au fond de l’application pour juste respecter la loi et risquer un énorme bad-buzz.

Récemment, je me suis intéressé aux données qu’utilisent des applications très connues, en prenant le cas de Tinder.

L’application et le service sont complètement gratuits pour les utilisateurs, mais ils récupèrent des quantités astronomiques d’informations sur votre comportement et votre activité, non seulement sur Tinder, mais aussi sur Facebook.

Une juriste a eu la bonne (ou mauvaise) idée de demander à la société de lui fournir toutes les informations qui la concernait, conformément aux directives européennes. Quelle fut sa surprise quand elle découvrit qu’au total, non moins de 800 pages de données personnelles lui ont été transmises...

On aura l’occasion de reparler de ces services dans les articles sur la vie privée numérique.

Application payante

Enfin, le dernier moyen de rentabiliser son application que l’on évoquera, c’est de rendre son accès payant. Évident non ? Pas tant que ça.

Sur Internet, il faut fournir un concept solide pour demander aux utilisateurs de passer à la caisse pour en bénéficier. Que ce soit par achat ou abonnement, cela nécessite en plus des contrats spécifiques avec une banque ou des passerelles, ce qui rajoute une couche de complexité à votre projet.

 

Achat

L’achat d’une application sur le PlayStore n’excède pas 10€. Jeux vidéos à part, je n’ai jamais vu une application au-delà de ce prix.
De plus, il faut prendre en compte la commission que prennent Apple et Google sur cet achat, de l’ordre de 30/15%.

 

Abonnement

Les abonnements sont plus rentables évidemment. Il est plus courant de trouver des abonnements mensuels à 5/10/15€ en échange d’un service quotidien. Si votre concept permet à vos utilisateurs de gagner du temps ou de l’énergie à chaque utilisation, il n’y a aucun problème à justifier un abonnement.
Les distributeurs prélèvent également une commission de l’ordre de 30/15% sur ces transactions.

 

Donations

Ce n’est pas un système de paiement à proprement parler, puisqu’il n’est pas obligatoire, mais cela marche plutôt bien avec certaines catégories d’application, comme l’art, la culture ou l’éducation par exemple.
Certains sites proposent de n’effectuer qu’un micro-don unique pour retirer la publicité de l’application. Comme il est peu probable qu’une personne génère à elle seule plus d’1€ de revenus publicitaires, il semble intéressant de lui demander directement cet euro symbolique.

Page de don Wikipédia
Bloc de dons NexusMods

Les exemples ci-dessus sont des sites disposant d’une grande communauté. Si chaque membre de cette communauté participe à hauteur d’un euro, cela suffit largement à maintenir les services et même à les faire évoluer.

Vendre son application

Comme tout projet, il peut venir le jour où vous devrez partir vers de nouveaux horizons, et donc vendre votre application.

Il n’y a pas vraiment beaucoup de paramètres qui rentrent en jeu dans le calcul de combien coûte une application. En tout cas, pas plus qu’un commerce classique.

  • Coût initial du développement
  • Nombre d’utilisateurs au total
  • Nombre d’utilisateurs actifs (MAU pour Monthly Active Users)
  • Application gratuite pour les utilisateurs ou non
  • Chiffre d’affaire lié à l’application et à ce qui l’entoure
  • etc...

Un des éléments importants ici est la question de la gratuité de l’application pour l’utilisateur final. En effet, un profil marketing ayant déjà effectué une acquisition sur votre système sera plus susceptible d’en refaire qu’un utilisateur qui n’en a jamais fait.

C’est une information très importante pour un repreneur, qui achète plus une base d’utilisateurs qu’une application.

Le jeu Minecraft a été vendu pour 2.5M de $ à Microsoft il y a quelques années. C’est une somme qui a fait pas mal de bruits car jamais un jeu vidéo n’avait brassé autant d’argent d’un coup.
Pourtant, Microsoft a acheté en quelque sorte une base d’environ 35 millions de joueurs à l’époque (aujourd’hui, c’est 62 millions). Mais ils ont acheté une base de joueurs, qui est une cible marketing fidèle et qui a déjà consommé.

Pour prendre un autre exemple, Instagram a été racheté en 2012 par Facebook pour seulement 1M de $, pour une base équivalente d’utilisateurs. Autre produit, autre modèle économique, autre prix :)

Voilà pour les différentes façons de monétiser une application, que ce soit avant ou après son développement.

Étant tous indépendants, vous pouvez les cumuler assez aisément. Il est fréquent de voir des encarts de produits affiliés, qui sont remplacés par des blocs publicitaires quand il n’y a pas de contrat en cours.

L’avantage de l’informatique étant qu’une fois les règles établies, cela ne coûte pas une fortune à maintenir.

Attention toutefois à ne pas détériorer la qualité de votre service, car la première étape pour rentabiliser une application est et restera d’avoir des utilisateurs.